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thme danne 2015Espérer contre toute espérance
Introduction
Dans son Exhortation Apostolique « La Joie de l’Evangile », le pape François lance plusieurs cris comme autant d’appel à « réveiller » le troupeau dont il a la charge. Au peuple de Dieu il dit : « Ne nous laissons pas voler l’espérance » (N° 86). Il veut dire par là que le chrétien ne doit jamais « baisser les bras ». « Les maux de notre monde – et ceux de l’Eglise – ne devraient pas être des excuses pour réduire notre engagement et notre ferveur. Prenons-les pour des défis pour croître. En outre, le regard de foi est capable de reconnaître la lumière que l’Esprit Saint répand toujours dans l’obscurité, sans oublier que « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rom 5,20). Notre foi est appelée à voir que l’eau peut être transformée en vin, et à découvrir le grain qui grandit au milieu de l’ivraie » (N° 84).
Notre thème d’année va nous aider à entrer dans cet appel que nous lance le pape François. C’est sous la haute figure d’Abraham, notre père dans la foi, que nous allons vivre nos rencontres mensuelles, lui que l’apôtre Paul nous donne pour modèle « espérant contre toute espérance » (Rom 4,18). Abraham a cru à la parole de Dieu lui disant qu’il serait le père d’une multitude et l’invitant à partir vers un pays inconnu. Abraham aurait pu douter de la parole de Dieu tant cette promesse et cette aventure le dépassaient. A vue humaine tout cela était improbable voire même impossible ! Mais rien n’est impossible à Dieu. Alors Abraham a fait confiance. Espérer c’est faire confiance à la parole de Dieu qui dépasse nos horizons humains.
Comme chrétien nous devons prendre le chemin d’Abraham en faisant confiance en Dieu. Jésus nous dit chaque jour comme à Marthe : « Je suis la résurrection » ( Jn 11,25). Croyons-nous cela ? Faisons-nous confiance au Seigneur ressuscité pour vivre cette espérance au quotidien, dans les difficultés qui sont les nôtres et dans une société de plus en plus éloignée de Dieu.
Dans cette société vide de Dieu et qui crève de cette vacuité résonne pour nous l'appel de Pierre : « Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous. Mais que ce soit avec douceur et respect, en possession d'une bonne conscience, afin que, sur le point même où l'on vous calomnie, soient confondus ceux qui décrient votre bonne conduite dans le Christ » (1 P 3,15-16).
Nous portons donc une espérance dans un monde souvent désespéré. Nous avons a témoigner de cette espérance. D'où nous vient et quelle est cette espérance, comment la transmettre. Tels sont les trois points que je voudrais maintenant aborder dans les lignes qui vont suivre.


I – Un monde sans espérance
Le texte conciliaire de la constitution pastorale : L'Eglise dans le monde de ce temps commence par ces mots : « Les joies et les espoirs (Gaudium et spes), les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps, des pauvres surtout et des affligés de tout genre, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien vraiment humain qui ne trouve de résonance dans leur cœur ». (GS n°1)
Pour expliquer comment l'Eglise se situe dans la société le concile, part du point de vue qu'elle est comme tout groupe humain immergée dans les conditions de vie de l'époque. Les  chrétiens ne sont pas hors du monde, - coupés du monde -, mais bien dans le monde et qu'à ce titre ils  partagent les mêmes joies et les mêmes espoirs que leurs contemporains.
Qu'en est-il cinquante ans après des espoirs de nos contemporains dans notre société française actuelle marquée par la déchristianisation et à l'heure de la nouvelle évangélisation ? Je parlerai donc ici en référence au contexte français, qui rejoint sans doute le contexte européen sur bien des points. Mais je n’ignore pas qu’il y a des espaces culturels et politiques à travers le monde qui sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, sont certainement différents.
Quelle est l'espoir, l'espérance de nos contemporains ? Regardons autour de nous ! Je ne sais plus qui a dit : « J'ai perdu tout espoir, mais je garde mon espérance ». D'autres ont des espoirs mais pas d'espérance. D'autres n'ont même plus d'espoir mais plutôt du désespoir. Emblématique de ce désespoir dans notre société les affiches dans le métro de Paris il y a quelques mois qui annonçaient  « La première nuit du désespoir », et ceci aux Folies Bergères. Il s'agissait bien entendu de convier à une soirée d'humour mais le titre me semble quand même dire quelque chose de notre société. A l'heure ou la foi a déserté les campagnes et les villes à quel « avenir », à quel « espoir », à quelle « espérance » rêvent nos contemporains ?
Notre beau pays de France, jadis « Fille aînée de l'Eglise », est profondément marqué depuis plus de deux siècles maintenant par la triade  « Liberté-Egalité-Fraternité », héritée de la révolution de 1789, et qui a remplacé en quelque sorte l'ancienne triade chrétienne « Foi-Espérance-Charité ». Tout n'est pas négatif dans cette métamorphose sociale et politique qui a concrétisé les idéaux du siècle des Lumières, l'idée de progrès qui va promouvoir les catégories de raison et de liberté.
Je n'insisterai pas sur le fait qu'il n'y a pas fondamentalement d'incompatibilité entre la foi et ces idées de liberté, d'égalité, de fraternité, de progrès, de raison et de liberté. Je n'oublie pas qu'il faudra aussi une certaine conversion théologique pour intégrer ces idées qui, n'étaient pas si étrangères que cela à l'Evangile. Mais qu'en était-il de tout cela dans les institutions de l'époque et son ordre établi – ou ses ordres établis devrions-nous dire ! - et dans le traumatisme engendré par une telle révolution des mentalités ! La rupture sera inévitable lorsque ces idées nouvelles vont vouloir se développer contre la foi. « La foi ou la liberté ». Il faudra un Lacordaire pour affirmer avec force qu'il n'y a pas forcément de contradiction entre la foi et la liberté.
L'idée de progrès abondamment développée dans la mouvance de la révolution bourgeoise de 89 va devenir en effet la nouvelle espérance dans un monde qui va vouloir désormais se développer sans Dieu. La révolution industrielle, héritière de la première dans la deuxième moitié du 19° siècle, porte l'idée que l'intelligence de l'homme va lui permettre de construire par ses propres forces et grâce à la science une société idéale célébrée par exemple lors des expositions universelles. Parallèlement la condition ouvrière, qui fait les frais de la construction de cette société soit disant idéale, va être le creuset d'une nouvelle révolution dite « prolétarienne » dont Marx sera l'emblème, et qui va affirmer que le progrès vers un monde meilleur ne provient pas seulement de la science mais aussi de la politique qui doit structurer la société pour le bien de tous. Il faudra une certaine Pauline Jaricot pour affirmer, au nom de l'Evangile, que la condition ouvrière ne doit pas être la grande perdante de cette révolution industrielle. Ce sera, vous le savez, le grand échec de sa vie. Mais sa claire vision demeure !
Les deux grandes barbaries de la première moitié du 20° siècle vont prouver que tous ces grands mouvements de l'histoire ne préparaient pas vraiment l'avènement d'un monde meilleur. Les millions de morts criaient le grand mensonge et le grand échec de tous ceux qui avaient voulu faire de l'homme la mesure et l'espérance de l'homme.
L'après-guerre dans les années 50 comme l'après-communisme dans les années 90, n'ont pas pour autant radicalement changé la marche du monde. La révolution électronique et le capitalisme triomphant vont faire naître la révolution numérique et … une planète de plus en plus polluée. Une nouvelle fois s'additionne une tranche de désespoir. L'économie du monde va de crises en crises. Le monde numérique fait un triomphe à la morale du « tout, tout de suite » et ne donne même plus le temps de penser à l'avenir. L'angoisse écologique  prédit que le réchauffement climatique va entraîner de grandes catastrophes naturelles et humaines. Peut-être en effet vaut-il mieux ne pas penser puisque l'avenir est bouché et que la fin du monde est proche !!! Et dans ce triste constat n'oublions pas le fameux« choc des civilisations».
Et n'oublions pas non plus toutes ces catastrophes naturelles, ces épidémies, ces maladies qui rappellent sans cesse à l'homme qu'il n'est pas tout puissant, qu'il peut être balayé comme un fétu de paille, que la vie est si fragiles.
« La désespérance du non-sens » (JP II, A l'aube … n° 50) est partout. Pour beaucoup l'homme est condamné à une mort certaine à la suite de la mort de Dieu. Car si Dieu n'existe pas, tout n'est pas possible, mais « tout est indifférent » comme le disait un ancien « nouveau philosophe ».
Tels sont les joies et les espoirs, les angoisses et les tristesses des hommes de ce temps.
A n'en pas douter les chrétiens ont une mission à rendre aux hommes de ce temps : leur faire retrouver, au nom de la foi au Christ Sauveur, l'espérance. Car la foi est fondamentalement liée à l'espérance.
II – L'Espérance chrétienne
Je crois que l'on peut dire que l'histoire de Dieu avec son peuple est l'histoire d'une espérance. Si Dieu crée le monde c'est pour  faire naître l'être du néant et certainement pas pour le ramener au néant (excusez-moi Mr Sartre!). Si Dieu entre dans l'histoire des hommes c'est pour marcher avec lui vers un à venir.
1 – L'espérance d'Israël
Une histoire de bénédictions.  
L'histoire de l'espérance d'Israël commence avec Abraham au chapitre 12 du livre de la Genèse : « Dieu dit à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom; sois une bénédiction ! » (Gn 12,1-2). Une bénédiction qui va être réitérée au chapitre 22 après le sacrifice d'Isaac : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur, Parce que tu as fait cela et n'a pas épargné ton fils unique, je m'engage à te bénir, et à faire proliférer ta descendance autant que les étoiles du ciel et le sable au bord de la mer. Ta descendance occupera la Porte de tes ennemis ; c'est en elle que se béniront toutes les nations de la terre parce que tu as écouté ma voix. » (Gn 22,15-18)
L'objet de cette espérance c'est donc une terre et une postérité. L'espérance de la terre traverse toute l'histoire d'Israël telle qu'elle trouve sa source dans le livre de l'Exode : « J'ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte. J'ai entendu son cri devant ses oppresseurs; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel ». (Ex 3,7-8).
L'alliance entre Dieu et son peuple se concrétise par la promesse d'une espérance de prospérité terrestre. Une prospérité qui disparaîtra si Israël oublie la parole du Seigneur.
Dieu comme espérance d'Israël.
La prédication de cette affirmation théologique va être l'oeuvre des prophètes. L'avenir d'Israël est un don de Dieu et cet avenir sera réduit à rien si Israël est infidèle en retombant dans l'idôlatrie ou en nouant des alliances contraires avec des peuples voisins pour s'assurer de la puissance et de la paix. Pour les prophètes cette espérance est illusoire car elle se base sur un oubli de Dieu (Jr 8,15 : « Nous attendions la santé, mais rien de bon, le moment où nous serions guéris, mais c'est la peur qui vient ». Jr 13,15ss : « Ecoutez, soyez tout oreille, ne le prenez pas de haut : c'est le Seigneur qui parle. Rendez gloire au Seigneur votre Dieu, avant qu'il n'envoie les ténèbres, avant que vos pieds ne trébuchent dans les monts envahis par la nuit. Vous attendez la lumière, mais il la transforme en ombre mortelle, il en fait un nuage noir ».)
Sans la fidélité à son Dieu il n'y a pas d'espérance pour Israël (Os 12,7 : « garde la fidélité et la droiture et mets continuellement ton espoir en ton Dieu » ; Is 26,8 : « Sur le chemin que tracent tes sentences, nous espérons en toi Seigneur, l'objet de nos désir est de redire ton nom. Pendant la nuit, vers toi mon âme aspire, mon esprit au-dedans de moi te cherche …)
L'histoire d'Israël est une succession de catastrophes qui quelquefois fait douter d'une possible espérance pour le peuple. Apparaîtra alors l'idée d'un reste qui survivra et sera sauvé (Am 9,8ss ; Is 10,19ss) et qu'après le châtiment Dieu dira de nouveau à son peuple « je vais vous donner un avenir et une espérance » (Jr 29,11). Dieu est donc l'espérance d'Israël (Jr 14,8 : 17,13ss). Le choix de Dieu détermine le bonheur temporel de tout un peuple et les prophètes laissent entrevoir également un temps de plénitude ou Israël sera rempli de la connaissance de Dieu (Is 11,9 ; Ha 2,14) parce Dieu aura renouvelé les cœurs ( Jr 31,33ss, Ez 36,25ss) et tandis que les peuple se convertiront (Is 2,3 : Jr 3,17 ; Is 45,14ss).
L'espérance d'un salut personnel.
Jusque-là vous avez bien compris que l'espérance d'Israël vise la communauté et non pas l'individu. C'est le peuple qui connait la prospérité, c'est le peuple qui sera sauvé. Mais qu'en est-il de l'individu ? Après la mort on « se couche avec ses pères » pour un monde qui est celui des ombres.
La question de l'espérance personnelle après la mort va naître du problème posé à la foi par la souffrance et la mort du juste. C'est la grande question du livre de Job qui ne reçoit pas vraiment de réponse. C'est surtout l'expérience de la révolte des Maccabées qui meurent martyrs au nom de leur Dieu. Si Dieu est toute justice il ne peut laisser son ami voir la corruption. Ainsi va naître l'espérance en la résurrection avec l'apparition de la figure du Fils de l'homme (Dan 7). Le livre de la Sagesse est une ode  à cette espérance nouvelle : « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra plus. Aux yeux des insensés, ils passèrent pour mort … pourtant ils sont dans la paix » (Sg 3,3) ; « Un juste même s'il meurt avant l'âge, connaîtra le repos » (Sg 4,7) ; « Même si, selon les hommes, les justes ont été châtié, leur espérance était pleine d'immortalité » (Sg 3) ; »Les justes vivent pour toujours ; leur salaire dépend du Seigneur et le Très-Haut prend soin d'eux. Ainsi recevront-ils la royauté splendide et le diadème magnifique de la main du Seigneur » (Sg 5,15-16) ; « Le juste se tiendra debout avec une belle assurance, face à ceux qui l'opprimèrent ...A sa vue ils seront secoués d'une peur terrible, stupéfaits de le voir sauvé contre toute attente » (Sg 5,1-2). Vous le voyez tout le vocabulaire de la résurrection est déjà contenu dans ce livre de la Sagesse.
Cette attente va se conjuguer avec la venue d'une figure qui pourra avoir plusieurs visages : le Messie Roi, le prophète, le prêtre.
Cette espérance en la résurrection n'est toutefois pas partagée par tous en Israël. Si les pharisiens l'enseignent vous savez que les Sadducéens ne partageaient pas cette croyance.
2 – L'espérance chrétienne
L'espérance annoncée par Jésus.
Jésus proclame la venue en ce monde du Royaume de Dieu : « Convertissez-vous car le règne de Dieu est proche » (Mt 4,17). Ce Royaume doit advenir par l'offrande de sa vie dans la souffrance et la mort. L'espérance a pour horizon la vie éternelle et la venue glorieuse du Fils de l'homme (Mt 16,27 ; 25,31-46). La résurrection de Jésus ouvre cette espérance à toutes les nations. Le chemin de notre espérance passe par la porte ouverte du tombeau vide : le Christ ressuscité est notre espérance. Il faudra un peu de temps à la communauté chrétienne de voir différer son espérance dans le retour du Fils de l'homme. La sagesse théologique de Paul va être ici d'une grande importance.
L'espérance selon St Paul.
Pour Paul l'espérance chrétienne est née le matin de Pâques. Non seulement la porte ouverte du tombeau vide ouvre la porte de la foi mais elle ouvre aussi la porte de l'espérance. Pour Paul « espérer » c'est dire « Christ est ressuscité ». C'est ce qui sous-tend la belle affirmation de ce verset du chapitre 15 de 1 Cor dans lequel il parle de la résurrection du Christ : « Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1Co ,19).
Le Christ a vaincu la mort  et par le fait même notre propre mort – c'est cela notre espérance : « Nous avions reçu en nous-mêmes notre arrêt de mort. Ainsi notre confiance ne pouvait plus se fonder sur nous-mêmes, mais sur Dieu qui ressuscite les morts. C'est lui qui nous a arrachés à une telle mort et nous en arrachera ; en lui nous avons mis notre espérance : il nous en arrachera encore » (2 Co 19-10).
Cette espérance est pour le chrétien, selon Paul, un antidote à la tristesse, une source de joie : « Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l'ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n'ont pas d'espérance. Si en effet nous croyons que Jésus est mort et qu'il est ressuscité, de même aussi ceux qui sont morts, Dieu, à cause de ce Jésus, à Jésus les réunira » (1 Th 4,13-14)
Le Christ, dans son  mystère pascal devient l'espérance de tous les hommes comme il le dit aux éphésiens : « Souvenez-vous donc qu'autrefois, vous qui portiez le signe du paganisme dans votre chair, …, souvenez-vous qu'en ce temps-là, vous étiez sans Messie, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde ? Mais maintenant, en Jésus Christ, vous qui étiez loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ » (Eph 2,11-13). Et aux Colossiens il proclame : « Christ au milieu de vous, l'espérance de la gloire » (Col 1,27).
Cette espérance est annoncée par l'Evangile et par la prédication de l'Eglise : « Cette espérance vous a été annoncée par la parole de vérité, l'Evangile qui est parvenu jusqu'à vous » (Col 1,5-6) ; « Il faut que, par la foi, vous teniez solides et fermes, sans vous laisser déporter hors de l'espérance de l'Evangile que vous avez entendu, qui a été proclamé à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre » (Col 1,23). Pour gloser un peu on pourrait dire que Paul se voit comme un « ministre de l'espérance », comme un « serviteur de l'espérance ». J'y reviendrai.
L'espérance de Marie.
Que savons-nous, me direz-vous de l'espérance de Marie ? Sans risquer de se tromper on peut dire que l'espérance de Marie est l'espérance d'Israël. Marie, fille d'Israël, est dans l'attente de l'espérance messianique. Mais cette espérance va être transfigurée au jour de l'Annonciation et c'est ce que Marie va chanter dans son Magnificat :
« mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » : Marie a bien compris le message de l'Ange. La vie qu'elle porte en elle n'est pas une vie comme les autres. Elle est la nouvelle Eve qui porte la vie nouvelle, elle est la nouvelle Eve qui porte l'espérance du monde. Dieu est bien son Sauveur, celui qui vient sauver son peuple.
« Déployant la force de son bras, il disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles, il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides » : cette espérance renverse les valeurs habituelles de notre monde, ce n'est plus la force qui doit triompher mais l'humilité, ce ne sont plus ceux qui pensent posséder le monde qui seront comblés mais ceux qui creusent en eux une soif, un désir au service de l'homme. Dans ce Magnificat est en germe l'espérance des béatitudes : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez » (Lc 6,20-21).
Celle qui a porté l'espérance du monde est désormais participante de cette espérance réalisée dans le Royaume. Dans le mystère de son Assomption et de son Couronnement elle participe à la gloire de son Fils, cette gloire qui nous est promise. C'est tout le symbole de notre affiche tel qu'il apparaît sur la porte de « Santa Maria Majore » : Marie à la droite du Christ, son fils et son Sauveur, notre frère et notre Sauveur, qui attire à lui tous les hommes, lui l'Espérance du monde.
Marie est toujours pour nous comme un modèle et comme le prototype de ce que nous serons un jour. Dans le chapitre VIII de LG le Concile dit au § 68 : « De même qu'au ciel la Mère de Jésus, déjà glorifiée corps et âme, représente l'image et les prémices de l'Eglise qui doit connaître son achèvement dans le siècle à venir, de même sur cette terre, jusqu'à ce que vienne le jour du Seigneur, elle brille comme un signe d'espérance assurée et de consolation devant le Peuple de Dieu en marche ».
Dans les textes liturgiques du Recueil de messes en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie nous trouvons au n° 37 la messe « Sainte Marie, mère de l'espérance ». C'est un résumé catéchétique qui présente Marie comme « la mère de l'espérance » (C1 + PC), comme « modèle de l'espérance » (Pf), comme « l'espérance des croyants » (AO) ou comme « un signe d'espérance assurée et de réconfort » (C2 + Pf).
Dans son rôle de Mère, Marie « viens en aide à ceux qui désespèrent » (AO), elle aide les croyants à « mettre leur espérance dans les biens du ciel » (C1), à « trouver un réconfort, s'ils sont déçus par la vie, reprendre cœur s'ils désespèrent de leur salut » (C2).
En hommage à Benoit XVI je voudrais vous citer un extrait d'une de ses homélies qui résume tout cela bien mieux que je ne peux le dire : «  Lorsque Dieu appelle Marie « pleine de grâce », l'espérance du salut s'allume pour le genre humain : une fille de notre peuple a trouvée grâce aux yeux du Seigneur, qui l'a choisie comme mère du Rédempteur. Dans la simplicité de la maison de Marie, dans un pauvre village de Galilée, commence à s'accomplir la prophétie solennelle du salut … Sans violence, mais avec le doux courage de son « oui », la Vierge nous a libérés, non d'un ennemi terrestre, mais de l'antique adversaire, en donnant un corps humain à celui qui allait lui écraser la tête une fois pour toutes. Voilà pourquoi, sur la mer de la vie et de l'histoire, Marie resplendit comme Etoile de l'espérance. Elle ne brille pas de sa propre lumière, mais elle reflète celle du Christ, Soleil apparu à l'horizon de l'humanité, si bien qu'en suivant l'étoile de Marie nous pouvons nous orienter au cours du voyage et maintenir notre route vers le Christ, en particulier dans les moments obscurs et tempétueux ». (Homélie du 14 juin 2008 pendant la visite apostolique à Santa Marie di Leuca, in Benoit XVI. Pèlerinage marial, Parole et Silence, p. 62)
III – Transmettre notre espérance
Notre vocation chrétienne consiste à être des témoins de l'espérance, qui est pour nous le Christ, et de transmettre cette espérance aux hommes et aux femmes de « bonne volonté » pour reprendre l'expression du concile.
Mais au fait comment définir la notion d'espérance ?     
Pour répondre à cette question allons consulter le bon vieux St Thomas. L'espérance consiste à viser un bien futur qui ne sera atteint que par le secours ou l'aide d'une tierce personne. L'objet de l'espérance est un bien futur que l'on ne peut obtenir que par la grâce de Dieu. En cela l'espérance est tout d'abord une vertu puisqu'elle rend bonne l'action humaine (II-IIae, Q 17, art 1), en effet l'homme qui oriente sa vie dans la perspective d'accueillir cette grâce conforme sa vie à cette attente. C'est  une vertu qui plus est théologale puisque l'objet propre et principal de l'espérance est la béatitude éternelle (art 2), la jouissance de Dieu, c'est-à-dire Dieu lui-même (art 5).
L'espérance qui vise la béatitude comme fin ultime ne peut se réaliser que par l'aide de Dieu. Mais alors, dit St Thomas, est-il permis de mettre son espérance en l'homme ? Oui et non répond-il ! Non car aucun homme ne pourra nous conduire à la béatitude, et généralement ceux qui veulent usurper ce rôle ne conduisent qu'au malheur ! Les promesses de paradis sont toujours mensongères de la part d'un homme. Par contre on peut mettre son espérance en l'homme comme « agent secondaire et instrumental qui aide dans la recherche de tous les biens ordonnés à la béatitude » (art 4 rep). Peut-être cela nous aide à faire une distinction entre espérance et espoir : l'espérance comme attente de la béatitude ultime par la grâce de Dieu, l'espoir comme attente de jours meilleurs par le travail des hommes.
Dans ma première partie je faisais remarquer que nos contemporains ne sont pas forcément intéressés par le contenu de l'espérance chrétienne. La béatitude éternelle, la vie après la mort sont pour eux des réalités tellement improbables qu'elles ne les intéressent même pas.  La mort est un point final, alors il s'agit avant tout de vivre, vivre dans un monde marqué par la finitude en essayant alors d'en profiter au maximum. Dans son encyclique sur l'espérance Benoît XVI posait lui-même la question : « Peut-être aujourd'hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable. Ils ne veulent nullement la vie éternelle, mais la vie présente, et la foi en la vie éternelle semble, dans ce but, plutôt un obstacle » (n°10)
C'est vrai que beaucoup de nos contemporains n'ont que faire de la vie éternelle, eux qui par ailleurs jettent un regard négatif sur l'Eglise et sur toute la tradition chrétienne. Loin d'eux également la possibilité de se convertir à l'espérance par peur du néant ou d'une supposée damnation. Au seuil de l'enfer de Dante est écrit : « vous qui entrez ici, perdez tout espoir ». Cela n'effraie plus personne !
Ils mettent alors leur espérance dans ce monde seulement, pour paraphraser St Paul. Pour eux l'espérance personnelle qui est bornée par la pierre tombale doit être au service d'un avenir pour le groupe (cette modernité rejoint en quelque sorte la conception du judaïsme ancien). L'espérance est alors comme une puissance, une source dynamique pour nous projeter dans l'avenir. Cette espérance nous aide alors à trouver la force pour transformer le monde. Ernst Block disait que l'espérance est « le bienfaiteur le plus sérieux de l'humanité ». Quand tout semble bloqué il est nécessaire de retrouver l'espérance pour croire qu'une autre vie est possible.
Ce descriptif peut vous sembler « désespérant ». Mais si c'était justement à partir de là qu'il fallait reprendre la question. Comme St Paul arrivant à Athènes et voyant sur le bord de la route le fameux autel « au Dieu inconnu ». « Vous mettez votre espérance en l'homme », pouvons-nous leur dire ! Vous avez en partie raison car comme le dit St Thomas il est possible de mettre son espérance en l'homme comme « agent secondaire et instrumental qui aide dans la recherche de tous les biens ordonnés à la béatitude ».
En tant qu'homme notre espérance rejoint la vôtre, en tant que baptisé notre espérance  irrigue déjà notre vie. Comme vous nous avons l'espérance de vivre un grand amour, comme vous nous avons l'espérance de réussir notre vie, comme vous nous avons l'espérance de bâtir un monde meilleurs. Mais ce « plus de vie », ce « monde meilleurs » est-il à la portée de l'homme laissé à ses seules forces. A chaque fois que l'homme se croit arrivé au paradis il s'aperçoit que le « loup est déjà dans la bergerie » car l'homme est un « loup pour l'homme ».
L'espérance humaine d'un monde meilleur va d'échec en échec s'il n'est pas pris par la main par un Autre.
Cet Autre qui nous parle dans l'Evangile pour nous appeler à la construction d'un monde plus juste, plus fraternel, un monde de paix.
Un Autre qui nous appelle à la béatitude à contre-courant des valeurs d'un monde qui ne conduit qu'à la mort.
Un Autre qui nous dit que l'amour est plus fort que la haine, que la vie est plus forte que la mort. Et que s'il n'en était pas ainsi toute espérance serait impossible.
Dans un monde en « mal d'espérer » en « déficit d'espérance » la vocation du chrétien est de dire au nom de celui qui a vaincu le péché et la mort : il y a de l'espérance. Certes notre monde n'est pas un paradis mais nous sommes les témoins de ce matin de Pâques où nos sœurs et nos frères ont découvert un tombeau vide, preuve que la mort, le mal et le péché n'ont plus le dernier mot. Depuis le matin de Pâques notre vie ne se heurte plus, ne s'écrase plus sur le mur de la mort mais débouche devant une porte ouverte : la porte de l'espérance.
Comme chrétien nous avons donc à dire au monde plusieurs choses qui sont une bonne nouvelle pour tous :
– la puissance de vie, le goût de vivre que nous portons tous n'est pas seulement qu'un instinct de conservation de l'espèce mais qu'il est l'annonce d'une semence d'éternité.
– notre soif d'aimer, de connaître, de vérité, de sagesse n'est pas destinée à aboutir au néant mais à s'épanouir dans une communion avec celui qui a déposé cette soif en nous.
– nos souffrances, nos échecs, nos blessures qui sont les marques de ce monde ont été pris par celui qui est allé jusqu'au bout de la souffrance et de l'échec apparent pour les consumer au feu de l'amour.
Si Dieu existait il ne devrait pas y avoir tout cela ! Si Dieu existe c'est un monstre d'oser tolérer tout cela ! Vous avez, comme moi, tous entendu ces réflexions de nos contemporains. Oui il peut sembler paradoxal d'affirmer l'existence d'un Dieu d'amour et une espérance dans un monde marqué par tant de limites. Et jamais nous ne trouverons les mots pour convaincre.
Pourtant nous connaissons tous, et nous sommes peut-être pour certains d'entre nous de ceux-là, des personnes qui sont par leur vie, par leur foi, par leur fidélité à travers la souffrance des témoins de l'espérance chrétienne au-delà des mots, au-delà des discours, « espérant contre toute espérance ».
Alors sûr de l'amour de Dieu pour nous, fort de notre foi, comme le disait Jean Paul II : « Allons de l'avant dans l'espérance » (A l'aube …, n° 58).
NE NOUS LAISSONS PAS VOLER L’ESPÉRANCE.
Fr. Hervé Jégou, o.p.
Aumônier national

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