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thanne2012Le Mystère de l'Eglise : "Vous êtes le Temple de l'Esprit" (1 Co 16)

Nous voici à la troisième et dernière étape de notre parcours pour entrer dans l'intelligence du mystère de l'Eglise. Après l'avoir abordé comme "Peuple de Dieu" et "Corps du Christ", il nous reste à l'envisager comme "Temple de l'Esprit".
En cette année où l'Eglise fête le cinquantième anniversaire du Concile Vatican II, laissons résonner en nous ce que dit la "Constitution dogmatique sur l'Eglise" :

"Une fois que fut achevée l'œuvre que le Père avait chargé son Fils d'accomplir sur terre, l'Esprit Saint fut envoyé, le jour de la Pentecôte, pour qu'il sanctifiât sans cesse l'Eglise, et que de cette façon les croyants eussent accès au Père, par le Christ, dans l'unique Esprit. C'est lui l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissant pour la vie éternelle, par qui le Père donne la vie aux hommes, morts du fait du péché, en attendant qu'il ressuscite dans le Christ leurs corps mortels. L'Esprit habite dans l'Eglise et dans les cœurs des fidèles comme dans un temple, en eux, il prie et rend témoignage de leur adoption comme fils. L'Eglise, qu'il introduit dans la vérité tout entière et qu'il unifie dans la communion et le service, il la pourvoit de dons divers, hiérarchiques et charismatiques, la dirige grâce à ces dons et l'orne de ses fruits. Par la vertu de l'Evangile, il fait que l'Eglise se rajeunisse et il la renouvelle sans cesse, et il la conduit à l'union parfaite avec son Epoux. L'Esprit et l'Epouse disent, en effet, au Seigneur Jésus : "Viens". Ainsi l'Eglise, dans son ensemble, apparaît comme "le peuple uni de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint" (LG 4).

 

Pour entrer dans la compréhension de notre thème d'année, reprenons point par point ce paragraphe très riche théologiquement, ce qui nous permettra également de rencontrer comme en écho les textes que nous retrouverons dans nos feuillets au fil des mois.

1 - Une fois que fut achevée l'œuvre que le Père avait chargé son Fils d'accomplir sur terre.

Le Concile affirme bien la succession des missions et du rôle de chaque personne de la Sainte Trinité dans la Révélation du mystère d'amour de Dieu pour les hommes. L'Esprit n'est envoyé que lorsque l'œuvre du Fils est achevé. Quelle est cette œuvre ? Le Fils a été lui-même envoyé par le Père pour accomplir sa volonté, à savoir "inaugurer sur terre le Royaume des cieux, nous révéler son mystère et effectuer la rédemption" (LG 3). Comme œuvre du Fils, l'Eglise est ainsi le Règne du Christ déjà présent en mystère, dont l'origine et la croissance "sont signifiées par le sang et l'eau qui sortent du côté ouvert de Jésus crucifié" (Jn 19, 34).
Ce n'est donc pas à la Pentecôte que nait l'Eglise comme on le dit trop rapidement quelquefois. Elle est déjà là comme nous le montrent les icônes de la Pentecôte avec le groupe des apôtres entourant la Vierge Marie, elle qui est la Mère de Dieu et la Mère de l'Eglise.
L'Eglise est bien l'œuvre du Fils au moment où il donne sa vie sur la croix pour le salut du monde. C'est dans le sacrifice du Christ que l'Eglise prend naissance. Une naissance qui s'ouvre sur une nouvelle étape du salut. C'est tout le sens des paroles de Jésus dans l'Evangile de Jn 16,7 (prière de juillet-août) : "C'est votre intérêt que je parte, car, si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous; mais si je pars, je vous l'enverrai". Jésus instaure comme une relation de cause à effet entre son départ, sa glorification pour reprendre le langage johannique, et l'envoi de l'Esprit. Il est nécessaire qu'il entre avec son humanité dans la gloire de la divinité pour que la relation d'amour entre lui et le Père soit communiquée à l'humanité toute entière.

2 - L'Esprit Saint fut envoyé, le jour de la Pentecôte, pour qu'il sanctifiât sans cesse l'Eglise, et que de cette façon les croyants eussent accès au Père, par le Christ, dans l'unique Esprit.

Le jour de la Pentecôte est donc bien le jour où l'Esprit Saint est envoyé non pour fonder l'Eglise mais la sanctifier, étymologiquement pour "la rendre sainte" (prière de mai). Cette fête de la Pentecôte est d'abord à comprendre dans son environnement juif. C'est tout d'abord une fête liée à la moisson dans la tradition hébraïque qui va devenir spirituellement la fête du renouvellement de l'Alliance. Pour la communauté chrétienne qui reçoit ce don de Dieu au jour de la fête juive de la Pentecôte, jour du renouvellement de l'Alliance, cela signifie que le don de la vie du Christ le soir de la Cène ("Prenez et buvez en tous, ceci est la coupe de mon sang, le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle ...") s'actualise dans le don de l'Esprit. Au jour de la Pentecôte Jésus tient parole : l'Alliance nouvelle inaugurée dans le mystère eucharistique déploie toute sa force dans le mystère de Pentecôte.
La communauté des disciples qui suivent le Christ et qui constituent l'Eglise reçoit ce don de Dieu qui va "sans cesse" animer l'Eglise. Cela signifie que ce don est fait une fois pour toute, non pas ponctuellement à ce groupe des premiers disciples, mais, à travers eux, à tous les disciples du Christ. A partir de ce jour, et jusqu'à maintenant, et jusqu'à l'avènement du Royaume le Père ne cesse d'envoyer son Esprit pour guider l'Eglise. C'est également dans cet Esprit et par le Christ que chaque croyant peut être en lien avec le Père. C'est comme si l'Esprit faisait un lien permanent entre les membres de l'Eglise du Christ et le Père : il permet au Père de donner son principe de vie et d'amour et au croyant, en retour, de connaître qui est le Père.

3 - C'est lui l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissant pour la vie éternelle, par qui le Père donne la vie aux hommes, morts du fait du péché, en attendant qu'il ressuscite dans le Christ leurs corps mortels.

On pourrait dire que le Concile explicite brièvement ici l'œuvre de l'Esprit par rapport à l'œuvre du Père et à celle du Fils.
L'Esprit est clairement défini comme principe de vie éternelle, comme une source qui ne cesse de jaillir pour donner la vie aux hommes (prière d'avril). Sa source a surgit sur la croix lorsque le sang et l'eau ont jailli du cœur transpercé de Jésus. Mais c'est bien le Père qui est en amont de cette source, comme son origine même. C'est de lui que vient tout don parfait comme le dit la liturgie.
Nous trouvons ici une opposition vie/mort. Le péché donne la mort alors que l'Esprit donne la vie. L'Esprit est plus fort que le péché comme la vie est plus forte que la mort. Malgré ce péché qui devait à jamais rompre le lien entre Dieu et l'homme, le Père fait le don de l'Esprit pour restaurer ce lien dans le cœur des hommes pécheurs ici et maintenant. "Ce qui est né de la chair n'est que chair; ce qui est né de l'Esprit est esprit" (Jn 3,6) (prière de décembre).
Ce lien n'est possible que grâce au sacrifice du Christ qui a donné sa vie pour le salut des hommes. Un lien qui ne sera plein et entier que lorsque les hommes ressusciteront dans le Christ avec leurs corps pour vivre éternellement dans la gloire de Dieu.

4 - L'Esprit habite dans l'Eglise et dans les cœurs des fidèles comme dans un temple, en eux, il prie et rend témoignage de leur adoption comme fils.

Ce don de l'Esprit est désormais une présence à la fois communautaire et individuelle. Le Concile emploie le verbe "habiter". Le concept "d'habitation" est fondamental dans la tradition chrétienne. Paul est le premier à employer cette image dans sa première lettre aux corinthiens (prière de septembre) : "l'Esprit de Dieu habite en vous" (1 Co 3, 16).
La tradition chrétienne ne fait ici que reprendre ce que l'on trouve déjà dans l'Ancien Testament. Rappelez-vous cette colonne de nuée qui se déplace avec le peuple des hébreux au moment de l'exode (Ex. 14, 19), de la "Tente du Rendez-vous" en Ex. 33, 7ss , la volonté de David d'édifier une demeure stable pour l'arche de l'Alliance sur laquelle repose la présence de Dieu (1 Chr. 28, 3ss), jusqu'au moment ou Salomon construit le premier Temple en 2 Chr. 5, 14 – 6, 1-2 : "Les prêtres ne purent pas continuer leur fonction à cause de la nuée, car la gloire du Seigneur remplissait le Temple de Dieu. Alors Salomon dit : Le Seigneur a décidé d'habiter la nuée obscure. Moi, je t'ai construit une demeure princière, une résidence où tu habites à jamais".
Le jour de la Pentecôte, Dieu a décidé d'habiter ailleurs et ceci est une véritable rupture par rapport à l'ancienne tradition d'Israël. Ce n'est plus dans ce Temple dont le rideau a été déchiré en deux le jour du sacrifice du Christ, mais dans l'Eglise et dans le cœur de celui qui croit au Christ qu'il faut chercher la présence de Dieu. Ce n'est plus dans un édifice de pierre mais dans l'Eglise Corps du Christ, et dans le cœur de chaque baptisé que l'Esprit est présent. Désormais l'Esprit habite dans le cœur de chaque baptisé comme dans un temple dit le Concile, "le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous" (1 Co. 3, 17). Dans sa lettre aux Ephésiens, Paul reprendra cette même image : "Vous êtes membres de la famille de Dieu … vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes; et la pierre d'angle c'est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s'élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes, des éléments de la construction pour devenir par l'Esprit Saint la demeure de Dieu " (prière de novembre) (Eph. 2, 19-22).
Chaque baptisé est donc une créature nouvelle car il reçoit la dignité de fils : "La preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père! Aussi n'es-tu plus esclave mais fils; fils, et donc héritier de par Dieu" (Ga. 4, 6-7). "En effet, tous ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu … L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu …" (Ro. 8, 14.16). L'Esprit fait de nous des fils. Arrêtons-nous un instant sur cette affirmation. Le lien d'amour qui unit le Père et le Fils c'est l'Esprit. C'est pourquoi cet Esprit qui est donné par le Père à l'humanité grâce au mystère pascal de son Fils fait de chaque baptisé un fils adoptif "par Jésus le Christ".

5 - L'Eglise, qu'il (l'Esprit) introduit dans la vérité tout entière et qu'il unifie dans la communion et le service, il la pourvoit de dons divers, hiérarchiques et charismatiques, la dirige grâce à ces dons et l'orne de ses fruits.

Après avoir un peu développé l'aspect personnel de cette habitation du cœur de tout baptisé par l'Esprit, notre texte revient à son aspect communautaire.

L'Eglise qui est le "Règne du Christ déjà présent en mystère" est dépositaire des vérités de la foi. C'est tout le sens des paroles de Jésus à ses disciples dans l'Evangile de Jean (prière de juillet-août) : "Quand il viendra, lui, l'Esprit de Vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même: il redira tout ce qu'il aura entendu; et ce qui va venir il vous le fera connaître" (Jn 16, 13). Jusque là Esprit de vie, l'Esprit devient maintenant, dans l'Eglise, l'Esprit de Vérité qui fait entrer dans la compréhension des mystères de la foi.

Cet Esprit est également Esprit de communion et de service. C'est un aspect fondamental pour bien comprendre le mystère de l'Eglise. C'est dans l'obéissance à l'Esprit que se construisent l'unité et la communion dans l'Eglise. Notre unité ne vient pas du fait que nous partageons la même foi, les mêmes valeurs morales, non, notre unité vient de notre obéissance à l'Esprit qui ne cesse de guider l'Eglise. C'est dans la mesure où nous accueillons cet Esprit que nous construisons et fortifions notre unité et notre communion.

De la même manière les responsabilités dans l'Eglise ne sont pas à envisager dans une optique de conquête du pouvoir ou dans un permanent rapport de force mais dans la fidélité à l'Esprit de service qui est l'Esprit du Christ : "Non pas ma volonté, mais ta volonté", qui est la profession de foi de Marie au jour de l'Annonciation : "Je suis la servante du Seigneur", préfiguration et modèle de toute l'Eglise et de son obéissance à la grâce (prière de mars).

Enfin le pouvoir sacramentel dans l'Eglise, en particulier celui de remettre les péchés, vient du don de l'Esprit. Cet Esprit que Jésus donne à ses apôtres en Jn 20, 22-23 (prière de février). Un "pouvoir" authentifié par le geste de l'imposition des mains au temps des Apôtres comme dans l'Eglise d'aujourd'hui (prière de juin).

Pour construire cette communion et être au service de l'Eglise, l'Esprit inspire une diversité de dons spirituels, une diversité de ministères, une diversité de "savoir faire". Ainsi dans son essence même l'Eglise est appelée à vivre la diversité au service de la communion et de l'annonce de l'Evangile. Comme le dit Paul : "A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun". Et Paul d'énoncer la multiplicité des charismes au service de l'Eglise : discours de sagesse ou de science, foi, don de guérison, don de prophétie, discernement spirituel (prière de janvier). C'est grâce à tous ces dons que l'Esprit conduit et dirige l'Eglise.

Si l'Eglise sait se laisser guider par l'Esprit elle vivra également des fruits de l'Esprit. La communauté des disciples sera alors pleinement témoin du Christ en vivant dans "la charité, la joie, la paix, la longanimité, la serviabilité, la bonté, la confiance, la douceur, la maitrise de soi" (Gal. 5, 22).

 

6 - Par la vertu de l'Evangile, il (l'Esprit) fait que l'Eglise se rajeunisse et il la renouvelle sans cesse, et il la conduit à l'union parfaite avec son Epoux. L'Esprit et l'Epouse disent, en effet, au Seigneur Jésus : "Viens". Ainsi l'Eglise, dans son ensemble, apparaît comme "le peuple uni de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint".

 

L'Eglise est la communauté de ceux qui ont répondu à l'appel du Christ. Comme à ses premiers apôtres Jésus ne cesse de dire à travers son Evangile : "Viens et suis-moi", "Venez à ma suite", "Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle", "Aujourd'hui, il me faut demeure chez toi", "Va, tes péchés sont pardonnés". Autant d'appels qui sont toujours d'actualité, qui viennent rejoindre les hommes et les femmes d'une génération à l'autre. L'Eglise n'est pas une rentière qui vit sur un héritage qu'il suffirait de gérer avec assez de sagesse pour poursuivre son petit bonhomme de chemin. Non l'Eglise c'est la communauté des disciples qui se laisse toucher par la parole du Christ et par le feu de l'Esprit. A chaque génération d'honorer ce rendez-vous avec l'Evangile de la vie, à chaque génération de devenir témoin du Christ ressuscité d'une extrémité de la terre à l'autre comme Jésus le recommande à ses disciples avant son ascension (prière d'octobre). C'est cette réponse qui fait l'éternelle jeunesse de l'Eglise et qui est source d'espérance. Il est vrai qu'à certaines périodes, dans certaines parties du monde cette "nouvelle jeunesse" nous semble un peu difficile à trouver ! Mais dans cette difficulté qui est la nôtre aujourd'hui nous ne devons jamais oublier la puissance de vie de l'Evangile et que le feu de l'Esprit couve sous la braise dans l'attente.

L'Evangile est donc un appel à suivre le Christ et à vivre dans la communion avec lui. De manière communautaire l'Eglise est invitée à vivre une relation d'alliance nuptiale avec le Christ. Il est l'Epoux, elle est l'Epouse. Un jour dans la joie de l'Esprit seront célébrées les noces de l'Epoux et de l'Epouse. C'est la dimension eschatologique de cette relation nuptiale: lorsque le Royaume de Dieu viendra l'Eglise sera pleinement unie à son Seigneur, comblée de sa gloire pour l'éternité.

 

Fr. Hervé Jégou, o.p.

Aumônier national

 

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