Accueil - Les archives de la revue du Rosaire - 19) Novembre 2011 - C'est cela, la Pietà

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Homélie du frère Jean-Marie Mérigoux, o.p.

15 septembre 2011, en la fête de  Notre-Dame des Douleurs, couvent des Dominicains de Marseille.

Évangile selon saint Jean, 19, 25-27

« Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde » : cette fulgurante pensée de Blaise Pascal peut nous introduire au sens profond de la célébration de ce jour : celle  des Souffrances de Marie, de son immense douleur au pied de la Croix.


Saint Bernard parle du « martyre de Marie » : les souffrances de son âme sont  très profondes, inséparables  de celles son Fils crucifié sous ses yeux, et de celles de l’Église qui partout et  tout le temps souffre dans le monde des souffrances mêmes du Christ.

« Nous ne devons pas dormir pendant ce temps-là », durant l’agonie de Jésus qui se prolonge indéfiniment dans les souffrances de son Corps mystique qui est l’Église, et dans toutes les souffrances de l’humanité qui sont aussi les siennes.

Notre souffrance n’est-elle pas aussi parfois celle de sentir et de découvrir que nous sommes très peu sensibles à la souffrance des autres, que pourtant la télévision nous présente parfois, si préoccupés que nous sommes de fuir toutes les formes de la souffrance.

En ce jour où nous célébrons Notre-Dame de Douleurs, j’ai repensé intensément  à ces messes qu’il m’a été donné de célébrer récemment, à Besançon avec des familles d’Irak réfugiées dans cette ville, car j’y ai vu réalisé un peu le mystère même de la souffrance de Marie. Parmi les assistants à la messe j’avais  remarqué quelques personnes en deuil, vêtues de noir ; surtout une vieille maman, au visage grave et souffrant, entourée de ses proches. On m’avait dit : « elle pleure et elle prie sans cesse », de fait je la voyais tout le temps avec son rosaire ; j’ai senti en elle une âme déchirée par la souffrance, et établie dans une paix profonde.

En visitant par la suite cette famille endeuillée et en rencontrant cette sainte maman, j’ai  appris ce qui était arrivé. C’était à Bagdad, le 30 octobre dernier, dans la cathédrale, la veille de la fête de la Toussaint. Pendant la célébration de la messe, un groupe de jeunes terroristes fanatisés, avait fait irruption dans l’église et s’étaient mis  à mitrailler les fidèles. L’un des deux prêtres, qui était son propre fils et qui célébrait la messe,  descendit des marches de l’autel et s’avança   vers les tueurs pour les supplier d’arrêter  le massacre, mais il tomba aussitôt sous les balles. C’est alors que le prêtre s’écroula exactement dans les bras de sa mère qui était là, précisément,  au premier rang, devant l’autel. C’est ainsi que cette mère recueillit longuement son fils prêtre, qui finissait d’agoniser, alors qu’il était dans l’exercice de son sacerdoce, tout cela tandis que le massacre continuait au milieu des hurlements de douleur, et qu’elle-même était blessée.

De retour à Marseille j’eu l’occasion de raconter cela à notre frère Georges Durand  qui, avec son don de trouver les formules expressives,  m’a dit  alors : « C’est cela la Pietà ». Je n’y avais pas encore pensé, mais il avait raison ; c’était cela la « pietà », pas seulement celle de Michel-Ange et des autres, c’était bien plus que cela.

On dit que Malraux, devant le tableau de la Pietà d’Avignon  qui est au Louvre se serait exclamé : « Tout ce qu’on peut dire devant ce tableau c’est qu’on ne peut pas l’exprimer avec des mots, en terme d’esthétique : c’est bien au-dessus ! »

Cette maman avait vécu le mystère même des Douleurs de Marie qui, elle aussi, avait reçu dans ses  bras le corps de son Fils mort, qui  venait d’accomplir le plus grand acte de son sacerdoce, le don de sa vie pour  le salut du monde. En elle, comme en Marie, la souffrance devenait le parfait sacrement de l’amour. Cette maman irakienne était une vraie image de Notre-Dame des douleurs, une vraie Pietà. Son fils, le père Thâïr, ce jeune prêtre de Bagdad d’une trentaine d’années, par sa vie et sa mort, nous montrait le Christ souffrant et mourant pour nous. Sa  mère, belle image de Marie, vit maintenant dans la famille de sa fille. Dans la paroisse de Besançon elle est un peu une mère pour toute la communauté irakienne, si éprouvée en ce moment.

La vie chrétienne est une réalité mystérieuse, car c’est le Christ qui vit en nous et comment pourrions-nous avoir vraiment conscience de cette présence et de l’action du Christ en nous, qui nous conforme petit à petit à lui-même, en nous intégrant progressivement dans son Corps mystique qui est l’Église. Nous souffrons avec le Christ : si quelqu’un est éprouvé nous le sommes avec lui, c’est le mystère du Corps mystique où nous ne faisons qu’un, dans la souffrance comme dans la joie et la paix. Marie a beaucoup souffert avec son Fils, pour toute l’Église.

Pour terminer écoutons ce témoignage de saint Paul dans sa lettre aux Colossiens : «  En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète en ma chair  ce qui manque  aux épreuves du Christ, pour son Corps qui est l’Église. »

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