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« Qu'il me soit fait selon ta parole » (Conseil national, Paris, 2014)

Pour ce Conseil National nous avons voulu retenir comme sujet de réflexion la deuxième partie du verset 38 du premier chapitre de l'Evangile de Luc : « qu’il me soit fait selon ta parole ».
Ce verset est l'ultime conclusion de la rencontre de Marie avec l'Ange Gabriel au jour de l'Annonciation. Dans cette rencontre, vous l'avez sans doute déjà remarqué, c'est surtout l'Ange qui parle : 7 versets pour l'Ange, 2 pour Marie. Il commence par révéler à Marie la mission que Dieu veut lui confier : concevoir et enfanter le Fils du Très-Haut.
Devant cette mission inouïe Marie va tout naturellement poser la question du « comment ». Cette réaction de Marie rejoint la nôtre à chaque fois que nous sommes sollicités pour faire quelque chose qui nous semble difficile à réaliser : comment aurai-je la force, comment aurai-je les compétences requises, comment savoir si je suis la bonne personne pour mettre en œuvre ce qui m'est demandé. Et on pourrait ici multiplier les « comment ».

Marie n'a qu'un « comment ». Et l'Ange, comprenant qu'elle a besoin d'explication, lui répond. Il faut croire que cette réponse convainc pleinement Marie alors que l'Ange lui parle de conception par la force de l'Esprit, et de la grossesse de sa cousine Elisabeth qui, pour tout le monde jusque-là, était stérile. Deux éléments de réponse qui, pour le commun des mortels, serait « décoiffant ». Mais pas pour Marie.
Elle paraît au contraire satisfaite de cette réponse. Elle se déclare alors être la « servante du Seigneur » et ajoute « qu’il me soit fait selon ta parole ».
Cette réponse de Marie est l'acception d'une mission et le signe d'un engagement de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force. Elle s'engage sur une parole, elle s'engage avec Dieu. Engagement solennel qui ouvre sur une aventure humaine, sur un chemin dont elle ne connait pas certainement pas ni les joies que cela va lui procurer, ni les étapes qu'il va lui falloir franchir ni les difficultés qu'elle va devoir traverser. Le chemin de Marie c'est notre chemin.
C'est donc à partir de cette notion « d'engagement » que je vais essayer de relire ce verset : « que tout se passe pour moi selon ta parole ». L'engagement n'est évidemment pas le propre des chrétiens. Autour de nous des milliers de personnes s'engagent : en politique, dans le social, dans le caritatif, dans le culturel, dans le domaine sportif … et j'en passe. Ils le font au nom d'une certaine idée de l'homme, par passion, par impératif éthique quelquefois au risque de leur vie et même en donnant leur vie.
L'engagement au sens chrétien du terme croise nécessairement ces mêmes domaines qui touchent le vivre ensemble et une certaine idée de l'homme mais il revêt un caractère particulier en ce sens qu'il est avant tout engagement avec Dieu, au nom de Dieu, au cœur d'une relation de foi. Bref, quelle est la spécificité de l’engagement chrétien ?
Notre engagement est une réponse à l'engagement de Dieu.
C'est d'abord Dieu qui s'engage avec nous. Nous touchons là, à la fois ce qui est au cœur de notre foi chrétienne, et ce qui est le plus difficile à croire pour les non croyants. Pour beaucoup, si Dieu existe, il existe dans un ailleurs sans beaucoup de contact avec le monde des hommes.
Notre foi chrétienne nous fait dire que, non seulement, Dieu n'habite pas sur une autre planète, mais qu'il habite notre planète, qu'il habite notre histoire, qu'il habite notre humanité, qu'il habite notre cœur, qu'il habite notre vie et même, plus incroyable encore, qu'il habite notre mort.
Cela est vrai depuis la création du monde. Dieu engage sa parole à chaque étape de la création comme autant de jours dans cet extraordinaire agencement des éléments du ciel et de la terre (Gen 1). Autrement dit, la création est le signe que Dieu sort de lui-même pour engager une relation avec un monde, des créatures et en particuliers avec les hommes.  
Dieu s'engage avec Abraham : « Quitte ton pays, …, pour le pays que je t'indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom » (Gen 12,1-2). Un engagement qui ouvre sur une histoire nouvelle, sur un avenir qui se déploie dans le temps.
Dieu s'engage avec Moïse dans le récit du buisson ardent : « J'ai vu, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte. J'ai entendu son cri devant ses oppresseurs; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel » (Ex 3,7-8).  Un engagement comme le signe de la miséricorde de Dieu vis à vis de son peuple.
Dieu s'engage de manière fulgurante dans l'incarnation. C’est ce que nous proclamons dans le Credo : « pour nous les hommes et pour notre salut il descendit du ciel ». Cet engagement qui va le conduire jusqu’à la croix : scandale pour les juifs, folie pour les païens pour reprendre l'expression de Paul. Oui Dieu s'engage tellement avec les hommes qu'il va devenir l'un d'entre eux, accomplissant la prophétie d'Isaïe : « La jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel (Dieu-avec-nous) » (Is 7, 14).
Dieu va jusqu'au bout de l'engagement avec les hommes en devenant l'un d'entre eux et en allant jusqu'au bout de la finitude de l'homme, c'est-à-dire la mort, pour lui ouvrir la porte de la divinité.
Dieu s'engage avec l'homme pour lui communiquer sa vie et sa joie. « Réjouis-toi, le Seigneur est avec toi », dit l'Ange à Marie. La joie dont il s'agit ici n'est évidemment pas une joie mièvre, une joie béate mais la joie des béatitudes sur le chemin du Royaume et au nom de la dignité de l'homme selon Dieu tel que Jésus est venu nous révéler son visage.
Notre engagement doit être discerné et authentifié
C'est un Ange qui vient demander son engagement à Marie. Dans la Bible nous rencontrons souvent ces anges « facteurs ». Dans ce récit on peut dire qu'il est aussi un tiers qui vient révéler à Marie la mission que Dieu veut lui confier.
Vous aurez tous remarqué comme moi que dans ce récit ce n'est pas Marie qui fait acte de candidature pour devenir la Mère du Sauveur. Elle ne dit pas comme dans la chanson : « J'me présente, je m'appelle Marie, j'voudrais bien réussir ma vie et collaborer dans l'œuvre du salut ». Non. Ce n'est pas comme cela que ça s'est passé. Pour reprendre une expression bien connue : « on est venu la chercher ».
C'est une chose importante que cela dans la tradition ecclésiale. Quand vient le temps d'un engagement pour une mission dans l'Eglise il y a toujours un discernement et une authentification qui se fait.
S'engager dans l'Eglise ne peut se faire sans un discernement. Dans la liturgie des ordinations les premiers rites de la célébration le manifeste de façon claire dans le dialogue qui s'installe entre la personne qui présente l'ordinand et l'évêque : « Père, la sainte Eglise vous présente untel pour que vous l'ordonniez diacre ». - « Savez-vous s'il a les aptitudes requises ? ».
Il est bien évident que ce n'est pas ce jour-là et au début de cette célébration qu'on va faire le point sur cet aspect. C'est bien évidemment dans le temps de la préparation et de la formation que se fait ce discernement par rapport aux aptitudes requises pour exercer le ministère.
S'engager dans l'Eglise ne peut se faire si cet engagement n'a pas été authentifié. C'est tout le sens de la finale du dialogue avec l'évêque : « Avec la grâce de Dieu, nous vous choisissons comme diacre ». Cela veut dire que c'est fondamentalement le pasteur qui choisit et qui authentifie cette vocation et cet engagement. Sans cet accord de l'évêque l'ordination n'est évidemment pas possible.
Dans nos Equipes du Rosaire la démarche est la même. Etre responsable diocésain est un choix qui engage la personne, le mouvement et le diocèse. Quand vient le temps de confier cette responsabilité il est nécessaire de prendre le temps du discernement de manière communautaire. Je dis bien communautaire car une seule personne ne peut faire ce travail de discernement tout seul pour le bien de la communauté. « A-t-il pris conseil de quelqu'un pour discerner ? ». Un certain nombre de fois on voit dans tel ou tel diocèse le ou la responsable choisir la personne qui devra lui succéder. Comme si un pape choisissait son successeur ! Comme si un évêque choisissait son successeur ! Comme si un curé choisissait son successeur ! A la fin de son mandat on le remet entre les mains de l'Eglise qui le confiera  à une autre personne. Dans nos équipes, le Conseil régional en lien avec le Conseil diocésain est chargé de faire ce travail de repérage d'une ou plusieurs personnes ayant les « aptitudes requises ».
Ce travail étant fait il est alors nécessaire de demander l'accord de l'évêque diocésain pour authentifier ce choix. Ce n'est qu'après cela que le vote du Conseil régional authentifie également ce choix au nom du mouvement.
Vous l'aurez compris, l'engagement dans l'Eglise n'est pas qu'une affaire privée d'une personne voulant s'engager pour le plaisir de s'engager. Un engagement dans l'Eglise dépasse la sphère du privé. Car lorsque quelqu'un s'engage dans l'Eglise, c'est toute l'Eglise qui s'engage avec lui et c'est donc l'Eglise qui doit discerner s'il a les aptitudes requises et pour le choisir officiellement et authentiquement dans la mission qui lui est confiée.
Je m'arrête sur ces « aptitudes requises ». Personne n'a « toutes les aptitudes ». Aimer le Christ. Aimer l'Eglise et avoir le sens de la communion. Aimer les Équipes et avoir le souci de l'unité du mouvement. Savoir écouter. Savoir dialoguer. Savoir travailler avec d'autres en leur faisant confiance et en sachant déléguer. Savoir animer et organiser des réunions de travail et des rassemblements. Sur ce fond d'aptitudes requises chacun va venir avec sa sensibilité, sa personnalité, son expérience incarner une fonction. Deux acteurs ne joueront pas de la même manière le même rôle. Deux musiciens ne joueront pas de la même manière la même partition. Deux peintres ne coucheront pas de la même manière sur une toile le même paysage. Tous le feront à leurs manières, avec leurs charismes propres. Chacun développe sa fonction avec son génie propre et c'est cela le propre de l'humanité.
Notre engagement est un chemin de vie
Je reviens sur les paroles de Marie : « qu'il me soit fait ».  Vous avez sans doute déjà remarqué que la logique de l'Evangile vient prendre bien souvent à « rebrousse-poil » notre logique humaine. Si l'on faisait un sondage sur ce que signifie « s'engager » la plupart des réponses diraient que s'engager c'est « faire » des choses, c'est militer, c'est se battre, c'est lutter pour faire triompher une opinion. Bref tout un tas de choses qui relève d'une volonté à faire changer le monde dans une dynamique active.
Mais, au risque de vous surprendre, j'ai envie de dire qu'il n'y a que peu de rapports entre la Vierge Marie et Cécile Duflot ou Nadine Morano. S'engager au sens chrétien du terme ce n'est pas « mourir pour des idées » ou se battre pour des idées, c'est accueillir dans sa vie quelque chose qui est révélé, quelque chose qui ne vient pas de nous-même mais de Dieu. En ce sens s'engager pour Dieu c'est d'abord consentir à ouvrir ma vie au désir de Dieu sur moi, c'est consentir à ouvrir ma vie à la volonté de Dieu.
Tout se passe comme si s'engager avec Dieu, s'engager pour Dieu, c'était fondamentalement dans un premier temps le laisser agir dans ma vie. Vous me direz peut-être que ceci est contradictoire avec les « aptitudes requises » dont je parlais tout à l'heure et dont il fallait s'assurer pour discerner et authentifier l'engagement. Pas tant que cela justement.
S'engager au nom du Christ et de son Evangile c'est savoir que c'est toujours le Christ et son Evangile qui sont les premiers. Pas moi, le Christ et son Evangile. Autrement nous sommes dans la logique du monde. S'engager au nom du Christ ce n'est pas vouloir partir  de mon propre chef jouer au petit soldat pour faire triompher un certain droit et une certaine justice à la force de mon poignet – certes, quelquefois l'Eglise s'est un peu fourvoyée en voulant faire cela-.
S'engager pour le Christ c'est engager ma vie avec lui comme il a engagé sa vie pour moi. Ce que je veux dire par là c'est que notre engagement n'est certainement pas d'abord moral mais théologique. S'engager ce n'est pas suivre des principes moraux c'est d'abord suivre le Christ, s'engager à la suite du Christ.
C'est ce qu'exprime Marie dans sa réponse à l'ange. Elle ne dit pas : « d'accord, je vais le faire – ou je peux le faire ». Elle dit : « qu'il me soit fait ». Une des aptitudes requises c'est donc de savoir reconnaître que dans ce que je vais être amené à faire c'est d'abord Dieu qui agit, c'est d'abord pour Dieu que j'agis, c’est laisser Dieu agir à travers moi. En ce sens le premier engagement chrétien se réalise dans le sacrement du baptême. Qu'est-ce que le baptême sinon s'engager à suivre le Christ que je reconnais comme Seigneur en me remettant entre ses mains, en le suivant dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, en me laissant faire par la grâce du sacrement du baptême qui devient la source d'un chemin de vie à la suite du Christ.
Etre chrétien c'est donc faire de son chemin de vie un engagement permanent à la suite du Christ. Et si l'on suit le Christ en vérité il faut le suivre avec le meilleur de nous-même en se détournant de ce qui ne serait pas bien, en se détournant de ce qui ne serait pas bon. En ce sens notre engagement est un chemin de conversion. « Tout est possible, mais tout n'est pas profitable; tout est possible, mais tout n'édifie pas », disait St Paul. J'ai été frappé de ce que le pape François a dit aux cardinaux lors du dernier consistoire, c'est à dire au moment où il demandait aux cardinaux qu'il venait de créer – et aux autres – de travailler avec lui pour l'annonce de l'Evangile, de s'engager dans cette mission nouvelle ô combien importante :« Laissons-nous toujours guider par l’Esprit du Christ, qui s’est sacrifié lui-même sur la croix, pour que nous puissions être des “canaux” par lesquels s’écoule sa charité. C’est l’attitude, ce doit être la conduite d’un Cardinal. Le Cardinal – je le dis spécialement à vous   entre dans l’Église de Rome, frères, il n’entre pas dans une cour. Tous évitons et entraidons-nous pour éviter des habitudes et des comportements de cour : intrigues, bavardages, cercles, favoritismes, préférences. Que notre langage soit celui de l’Évangile : “oui, oui; non, non”; nos attitudes celles des Béatitudes, et notre route celle de la sainteté » (Homélie de la messe avec les nouveaux cardinaux). Ce que dit le pape aux cardinaux nous rejoint évidemment dans le comportement que nous devons avoir au cœur de nos engagements.
« Qu'il me soit fait » : le chemin de l'engagement est un chemin sur lequel nous allons nous laisser faire par Dieu, au sens de nous laisser transformer par cet engagement. Tout ceci comprend évidemment, au départ, une part d'inconnu qui pourrait nous faire peur si ce n'était Dieu lui-même qui était aux commandes. S'engager c'est d'une certaine manière se laisser surprendre par Dieu, dans une totale confiance, lui qui va nous mener sur un chemin qui n'aurait pas été le nôtre si nous ne nous étions pas engagés à sa suite. Alors que je fête cette année mes 30 ans d'entrée dans l'Ordre des Prêcheurs je me dis que je ne serais pas celui que je suis aujourd'hui si je n'avais pas engagé ma vie de cette manière. Cet engagement m'a fait, cet engagement m’a façonné. Comme beaucoup de responsables diocésains - beaucoup d’entre nous ici ce matin -  qui s’aperçoivent, chemin faisant, que cette mission a été une bénédiction pour eux. L’engagement comme une bénédiction dans notre vie. Ceci de deux manières :
-    par l’épanouissement des aptitudes requises dont je parlais tout à l’heure, que certains avaient discerné chez nous, pour nous, alors que peut-être nous étions les premiers à ignorer – d’où l’importance du discernement par d’autres -. Ces aptitudes cachées qui grâce à l’expérience de notre engagement vont éclore, comme une fleur qui s’épanouit révélant toute sa couleur et son parfum. Dans l’expérience de vie que l’engagement va produire des potentialités vont se révéler et dont nous allons prendre conscience pour la suite de notre vie ;
-    par les événements que nous allons vivre, les rencontres que nous allons faire sur le chemin de notre engagement. Cela aussi est une bénédiction qui marque à jamais une vie.  Celui ou celle qui reste enfermé dans sa bulle n’a pour seul horizon que les limites de sa bulle. Mais celui ou celle qui part sur les chemins à la suite du Christ dans tel ou tel engagement va découvrir des horizons nouveaux, va vivre la joie de la rencontre, va aussi sans doute vivre des moments plus ou moins difficiles mais c’est au nombre et à la manière dont il franchit les obstacles que l’on mesure la qualité d’un cheval
Notre engagement est obéissance à une parole
Marie dit à l’ange : « qu’il me soit fait  selon ta parole ». Lorsqu’on s’engage  - et ceci est vrai dans tous les types d’engagement – c’est toujours dans un cadre établi. Dans une entreprise c’est un « profil de poste », dans la vie religieuse c’est autour des « trois vœux », pour les laïcs en responsabilité c’est une « lettre de mission », pour les évêques-prêtres-diacres tout ceci est contenu dans la liturgie d’ordination. Dans la Bible les récits de vocations sont des appels lancés par Dieu pour réaliser telle ou telle mission, comme ce qui se passe dans le récit de l’Annonciation pour la Vierge Marie.
Dans ce que je dis là rien que des choses logiques – à quoi cela servirait-il d’appeler quelqu’un à une mission en laissant cette mission dans le flou … J’enfonce des portes ouvertes et certains sont peut-être en train de se dire que, décidément, cet aumônier national n’est pas très futé ou qu’il commence à fatiguer au terme de sa conférence !
Dans la liturgie d’ordination d’un évêque il y a un rite très intéressant et très significatif. Cela se passe au moment de la prière d’ordination. Pour le diacre où le prêtre cette prière se fait après l’imposition des mains par l’évêque et tous les autres prêtres présents. Pour l’évêque cette prière est donnée après l’imposition des mains des évêques présent et pendant que le livre des Evangiles est tenu ouvert sur la tête de l’ordinand.
La force du rite c’est d’exprimer, bien mieux que des mots, une réalité spirituelle. Que signifie ce rite sinon que le nouvel évêque se met sous l’autorité de l’Evangile c'est-à-dire du Christ au moment ou il devient successeur des apôtres. Alors qu’il s’engage pour devenir « pasteur », le rite lui rappelle que l’unique Pasteur c’est le Christ et que dans sa mission il doit toujours se souvenir qu’il est placé sous l’autorité du Christ-Verbe de Dieu, dans l’obéissance à sa Parole. Au moment où l’Eglise lui remet un « pouvoir » il lui est rappelé que le seul pouvoir dans l’Eglise est celui du Christ, et que ce pouvoir qu’il reçoit il doit le vivre dans l’obéissance au Christ.
Il en est de même pour tout engagement chrétien. S’engager dans l’Eglise c’est ne jamais oublier que nous sommes dans une mission de service sous l’autorité de la Parole de Dieu.
Très tôt dans le groupe des disciples cette question s’est posée. Jacques et Jean, les fils de Zébédée, se sont rapidement pris à rêver que leur engagement à la suite de Jésus allait faire d’eux les rois du monde siégeant de chaque côté de Jésus (Mc 9,35-45). Les autres ayant entendu cet aparté s’indignent bien entendu, scandalisés par l’incongruité de cette demande mais peut-être aussi désespérés de voir ces sièges leur échapper. Jésus en profite alors pour faire le point avec eux sur la question du pouvoir quand on s’engage à sa suite : «  Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous. Aussi bien, le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude ».
Oui, s’engager à la suite du Christ, c’est s’engager sous l’autorité de sa parole. C’est s’engager non pas à la manière du monde pour être chef, c’est s’engager pour être serviteur. Et nous nous rappelons tous que cette étape est la dernière avant de recevoir de la part de Jésus un titre prestigieux : « je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ». Savoir être serviteur pour devenir ami de Jésus. Marie dans sa grâce avait tout compris depuis le début : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole ». Parce qu’elle est servante elle sera non seulement « l’amie de Dieu » mais surtout « la mère de Dieu ». Demandons son intercession pour entrer avec elle dans cet engagement au service de la Parole de Dieu pour en être témoin tous les jours à la face du monde.

Frère Hervé Jégou

 

 

 

 

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