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Invitons! (Conseil national, Paris, 2012)


En prologue à cette contribution, je voudrais vous raconter une histoire. Cela se passe à Strasbourg dans une rue près de l'université. Il est midi, les cours de la matinée viennent de se terminer et un jeune homme marche sur le trottoir se rendant au restaurant universitaire pour aller déjeuner. Il rêve à la bonne assiette de frites qu'il va peut-être manger lorsqu'il entend courir derrière lui. Il se retourne et est surpris de reconnaître deux jeunes filles qui partagent les mêmes cours que lui et qui essaient de le rattraper. "Est-ce que tu veux te faire un cadeau, lui demande l'une d'entre elles. - Un cadeau? Ça ne se refuse pas, répond-il d'un ton hésitant. - Est-ce que tu veux venir à la messe avec nous chez les dominicains ? -Pourquoi pas, mais je n'ai pas beaucoup de temps. - Ne t'inquiète pas, ils sont au bout de la rue et ça ne dure pas trop longtemps.

Où pouvaient bien être ces dominicains, se dit-il. Il passait par là tous les jours depuis de nombreuses semaines et ignorait totalement qu'il y avait là des dominicains, ne sachant d'ailleurs rien de ce qu'était un dominicain.

Ces deux jeunes filles pouvaient-elles imaginer que, grâce à cette invitation, ce jeune homme allait entrer quelques années plus tard chez les dominicains. Ce jeune homme c'était moi (avec 30 kg en moins !). La providence se sert de tout pour arriver à ses fins, et une simple petite invitation qui n'engage pas à grand chose à priori peut changer le cours d'une vie sans que ni l'invitant, ni l'invité n'ait conscience de ce qui est là entrain de s'amorcer.

Donc "Invitons", et si nous avons choisi ce thème pour notre Conseil National 2012 ce n'est pas pour me donner l'occasion de vous raconter ma vie. Ce n'est pas non plus parce que nous désespérons de constater d'une année sur l'autre la lente érosion du nombre de nos membres. C'est au contraire pour nous ramener aux fondamentaux de notre mouvement des Equipes du Rosaire : un mouvement marial et missionnaire. Dans ce "invitons" est contenu l'appel de chacun d'entre nous à la mission.

 

INVITONS : UN APPEL PERSONNEL

 

Pour lancer une invitation, pour inviter à partager une réalité de vie ou une Bonne Nouvelle, il faut que nous soyons nous mêmes habités par cette Bonne Nouvelle. Ainsi pour inviter à découvrir, à redécouvrir ou à rencontrer le Christ, il faut que nous-mêmes nous ayons invité le Christ car comment inviter à partager quelque chose ou à rencontrer quelqu'un si notre maison, si notre cœur est vide. Notre invitation est avant tout une invitation à ouvrir notre cœur au Christ et au feu de son Esprit.

 

INVITER LE CHRIST

 

Il y a plusieurs manières d'inviter le Christ. Et je voudrais ici prendre des exemples dans le Nouveau Testament. Vous allez voir que dans plusieurs de ces passages que nous connaissons bien l'histoire commence grâce à une invitation. Plusieurs passages nous éclairent sur ce que doit être cette invitation et les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber. Ces textes vont nous montrer aussi qu'inviter Jésus dans nos vies c'est souvent prendre un risque.

Les Noces de Cana

Le premier texte est celui des Noces de Cana. "Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples" (Jn 2, 1 ss). Nous connaissons bien ce texte. Marie, Jésus et les disciples sont invités. Est-ce qu'il s'agit d'une invitation pour raison familiale, ou dans un cercle d'amitié. Le texte ne nous le dit pas, sauf que les disciples aussi sont invités ce qui tendrait à suggérer que cette invitation dépasse de toute manière le cercle familial.

Cette invitation est une invitation à venir partager la joie d'une famille qui célèbre une union. Invitation "banale", oserai-je dire, mais qui du coup nous rejoint également. Cette invitation peut être emblématique de cette invitation que nous faisons à Marie, à Jésus et à ses disciples d'entrer dans nos vies.

La question qui se pose alors est de savoir si cette invitation est de pure forme, une invitation "de politesse" ou une invitation "de prestige". Autrement dit, cette invitation vise-t-elle à "faire bien dans le décor" comme on pourrait installer une croix, une icône ou une statue de la Vierge, ou encore tel image d'un saint sur nos murs sans que cela ait un réel impact dans nos vies sinon, comme le rameau (du dimanche du même nom), nous protéger du mauvais sort ! Inviter le Christ pour qu'il fasse partie du décor!

Mais cette invitation peut être aussi une invitation à donner un espace au Christ pour qu'il nous accompagne dans nos vies, pour nous mettre sous le signe de sa grâce. Et peut-être, comme par l'intercession de Marie à Cana va-t-il nous faire goûter à la joie spirituelle en changeant l'eau en vin.

Marthe

Une autre manière d'inviter Jésus, c'est la manière dont Marthe va le recevoir dans sa maison : "Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison" (Luc 10, 38-42). Nul doute que Marthe a un profond désir d'inviter Jésus chez elle. Elle se met même en quatre pour le recevoir du mieux possible. Mais voilà qu'à un moment tout va basculer. Elle s'occupe du service alors que sa sœur est attentive aux paroles de Jésus et que Jésus ne semble pas voir où est le problème : "Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider" (12, 40). Il faut une certaine force de caractère à Marthe pour oser interrompre ainsi le Seigneur et lui suggérer une telle ligne de conduite. Si elle invite Jésus c'est pour qu'il aille dans son sens et qu'il la crédite de son autorité. Si nous invitons Jésus, c'est pour qu'il aille dans notre sens. Mais voilà que Jésus, comme chez Marthe, indique souvent une autre direction, sans condamner la nôtre, mais une autre direction tout de même plus conforme à l'Evangile et qui vient totalement à l'encontre de ce que l'on croyait bien, et bon, et normal, et tombant sous le sens … Inviter Jésus nous expose souvent à changer notre manière de voir et à constater que nous ne pouvons pas enfermer Jésus trop facilement dans notre camp pour légitimer notre propre point de vue.

Le Pharisien

Une autre manière d'inviter Jésus c'est celle du Pharisien : "Tandis qu'il parlait, un Pharisien l'invite à déjeuner chez lui. Il entra et se mit à table. Ce que voyant, le Pharisien s'étonna de ce qu'il n'eût pas fait d'abord les ablutions avant de déjeuner" (Lc 11, 37 ss). Pourquoi ce pharisien invite-t-il Jésus chez lui ? Est-ce d'une manière loyale ou pour lui tendre un piège d'une manière ou d'une autre ? L'histoire ne le dit pas. Mais ce que l'histoire dit très bien c'est que Jésus choisit délibérément la provocation. Il ne peut pas avoir oublié les ablutions rituelles avant le déjeuner, ablutions auxquelles sont attachés les pharisiens. Il choisit donc de les "zapper" comme on dirait aujourd'hui, comme si tout à l'heure avant le repas on "zappait" le "Benedicite" pour voir comment les uns et les autres vont réagir. On pourrait dire ici pour Jésus par provocation ou plutôt par souci de vérité, pour appeler ce pharisien à savoir hiérarchiser les valeurs et ce qui est le plus important dans la vie. Et dans la suite du texte Jésus leur dira à cinq reprises : "Malheur à vous".

Le Centurion

Il n'y a pas que la famille, les amis ou les pharisiens qui invitent Jésus. Il y a aussi les romains en la personne d'un centurion du côté de Capharnaüm : "Un centurion avait, malade et sur le point de mourir, un esclave qui lui était cher. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui quelques-uns des anciens des juifs, pour le prier de venir sauver son esclave". Sur la recommandation des anciens qui lui disent que ce centurion a construit leur synagogue, Jésus les suit mais sur la route le centurion envoi des amis pour lui dire : "Seigneur, ne te dérange pas davantage, car je ne mérite pas que tu entres sous mon toit; aussi bien ne me suis-je pas jugé digne de venir te trouver. Mais dis un mot et que mon enfant soit guéri". (Lc 7, 1 ss). Etrange invitation que celle de ce centurion ! Il invite Jésus, par personnes interposées, à venir chez lui pour sauver son esclave. Puis ne se sentant pas digne de recevoir Jésus il le fait intercepter sur la route pour lui demander simplement une parole de guérison. Jésus va guérir son esclave en disant qu'il n'a pas trouvé une telle foi en Israël. Et s'il n'a pas reçu physiquement Jésus dans sa maison, il l'a pourtant bien reçu dans son cœur tant sa foi est grande et tant il se sent indigne de recevoir Jésus. Mais Jésus sait passer par dessus l'indignité d'un état de vie pour s'inviter dans un cœur qui s'ouvre à sa parole.

 

INVITÉ PAR LE CHRIST

 

Ces quelques passages nous ont montré ces hommes et ces femmes de l'Evangile qui ont invité Jésus à venir chez eux. Mais d'autres textes nous montrent aussi comment Jésus invite ou s'invite quelquefois même à l'improviste. Et là c'est le beau texte de Zachée : "Zachée courut donc en avant et monta sur un sycomore pour voir Jésus, qui devait passer par là. Arrivé en cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : "Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi". Et vite il descendit et le reçut avec joie" (Lc 19, 4 ss). Jésus s'invite là ou personne ne pouvait imaginer sa présence et en premier lieu Zachée lui-même. Lui le collecteur d'impôt, le collabo qui fricote avec les romains. Cela le mettait hors la Loi, hors la communauté d'Israël, hors la bénédiction de Dieu. Zachée s'est sans doute habitué à ce statut et c'est dans cet état d'esprit qu'il veut pourtant voir Jésus. Et là l'inimaginable se produit. Jésus a levé les yeux vers lui et s'est invité dans sa maison. Cette invitation est le signe de l'amour, de la miséricorde qui dépasse toutes les barrières. Cette invitation est le signe que Dieu aime tous les hommes, qu'il ne les enferme pas dans leur passé et leur présent mais qu'il leur ouvre et leur offre un avenir dans l'accueil de sa parole qui conduit à la conversion du cœur. Scandale à nouveau pour ceux qui assistent à cette scène, mais triomphe avant tout de la miséricorde de Dieu pour le pécheur. Peut-être y-a-t-il parmi nous quelqu'un chez qui le Christ s'est invité sans crier gare et qui l'a reçu avec joie !

Un dernier texte sinon mon tour d'horizon ne serait pas complet. C'est une parabole comme sait si bien les raconter Jésus : "Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. A l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : "Venez; maintenant tout est prêt." Et tous, comme de concert, se mirent à s'excuser" (Lc 14, 16 ss). Cette parabole illustre ce désir de Dieu d'ouvrir les bras de sa miséricorde à tous les hommes. Personne à priori n'est exclu. L'invitation est très large. Pour participer à la fête il suffit de répondre à l'invitation en revêtant des habits de fête. Mais lorsqu'on lance une invitation on ne sait jamais qui va venir. Il en va de même pour Dieu qui invite "à perdre la raison". Dans cette parabole c'est même dramatique puisque tous vont s'excuser et qu'il va falloir lancer de nouveau une invitation; Devant l'invitation de Dieu, l'homme est libre de dire oui ou non.

 

LA BEATITUDE DE L'INVITATION

 

Nous venons de voir qu'inviter Jésus ou se laisser inviter par lui c'est exposer notre vie à la radicalité de l'Evangile, à la Parole de Jésus, à cet appel à la conversion qui accompagne toujours Jésus lorsqu'il est invité dans un cœur. Certains pourraient se dire alors : "ne l'invitons pas", "ne répondons pas à son invitation" car nous n'allons pas sortir indemne de cette visite. Cela serait vrai, bien entendu, si Jésus venait pour nous enfermer dans un carcan ! Mais Jésus n'est pas venu pour nous enfermer dans un carcan de préceptes et de lois, il est venu pour nous appeler à la liberté, il est venu pour nous appeler à la vie. Inviter Jésus c'est ouvrir nos portes et nos fenêtres, c'est ouvrir nos volets pour laisser entrer le soleil, la lumière de la résurrection dans nos vie, cette parole d'amour qui vient brûler tout ce qui en nous est porteur de mort.

Cette invitation est profondément, fondamentalement, source de béatitude. Vous me direz : "c'est bizarre ! Je ne me souviens pas de cette béatitude : la béatitude de l'invitation". Si vous vous rendez en Galilée au Mont des Béatitudes vous ne trouverez pas, c'est vrai, cette béatitude inscrite autour du dôme de la basilique. Et pourtant on trouve cette béatitude dans le Nouveau Testament dans le livre de l'Apocalypse : "Il me dit : Ecris : Heureux les gens invités au festin de noce de l'Agneau" (Apoc 19, 9). En fait cette béatitude de l'invitation nous la connaissons bien puisqu'elle est proclamée à chaque eucharistie avant la communion. Cette communion qui préfigure le banquet éternel. L'Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne comme l'a dit le concile Vatican II. Le Christ qui ne cesse de nous inviter et nous qui l'invitons à venir sacramentellement en nous pour communier à sa vie. Oui, heureux les invités ...

 

INVITONS : UN APPEL A LA MISSION

 

"Nous vivons une époque formidable", entendons-nous dire ici et là. Tout dépend de ce que l'on veut, de ce que l'on peut vivre. Non l'époque n'est pas forcément formidable pour tous les "laissés-pour-compte", l'époque n'est pas forcément formidable pour tous les disciples du Christ qui essaient de témoigner de la foi, qui essaient de transmettre la foi autour d'eux et aux nouvelles générations. Dans ce monde marqué par la sécularisation nous aurions toutes les raisons de désespérer si nous regardions en arrière en disant : "comme c'était mieux avant, comme ils avaient de la chance avant !". Et certains de se culpabiliser en se disant : "mais qu'est-ce que nous avons bien pu rater, qu'est-ce que nous n'avons pas su faire pour en arriver là". On entend ce genre de réflexion souvent dans les diocèses de la part de nos membres qui désespèrent devant l'abandon de la foi par leurs enfants et surtout le non baptême de leurs petits enfants.

Ainsi va le monde, oserai-je dire. Notre histoire humaine est faite de hauts et de bas et n'est certainement pas ce monde idéal qui n'a existé que dans notre imaginaire. La barque de l'Eglise est à l'image de ces petits trains sur des montagnes russes qui plongent régulièrement dans des ravins abrupts. La barque de l'Eglise est souvent dans la tempête.

Notre vocation chrétienne nous invite à témoigner du Christ là où nous sommes, dans les conditions sociales, culturelles, politiques qui sont les nôtres. Vous croyez que Pauline Jaricot vivait dans un monde idéal pour la foi au sortir de la terreur et des chamboulements profonds de la révolution française ! Non. Mais elle a retroussé ses manches et s'est dit : "qu'est-ce que je peux faire aujourd'hui pour annoncer le Christ ?".

Certes nous avons à témoigner dans un monde qui n'est pas porteur, qui n'est pas favorable, qui est parfois hostile, mais c'est dans ce monde que Jésus nous dit "viens et suis moi" et qu'il nous dit aujourd'hui comme hier et comme demain "Heureux les invités".

Dans la réflexion de ce que l'Eglise appelle aujourd'hui la "nouvelle évangélisation" il y a cette prise en compte réaliste que nous avons changé d'époque depuis une cinquantaine d'année. Nous ne sommes plus dans une pastorale de remplacement d'une génération par une autre comme lorsque les jeunes parents naturellement ou sociologiquement chrétiens baptisaient tous leurs enfants et les conduisaient par la suite aux nombreuses années de catéchisme, à la profession de foi et à la confirmation. Comme le dit Mgr Rey, évêque de Fréjus et Toulon, dans un colloque sur la nouvelle évangélisation, "la pastorale de l'Eglise ne peut plus se situer dans une perspective de "pastorale d'entretien et de maintenance" qui, en fait, marque déjà le début de la décroissance. L'Eglise est appelée à opter résolument pour une vision de croissance" (DE n°11/2011 p.16). On est évidemment surpris de trouver ces termes appartenant au monde économique croissance/décroissance sous la plume d'un évêque pour expliquer ce que doit être la pastorale ecclésiale.

Ce constat n'est pas qu'une simple prise de conscience, c'est aussi et surtout le point de départ d'une nouvelle dynamique pastorale qui ne consiste plus seulement à attendre que les hommes et les femmes d'aujourd'hui viennent demander quelque chose à l'Eglise, mais à essayer de les rejoindre là où ils sont pour leur apporter l'Evangile dans une recherche spirituelle contemporaine diluée dans de nombreuses autres choses ou dans une spiritualité qui ne sait pas trop comment se situer.

Cette nouvelle manière de penser la pastorale est à rapprocher d'un texte qui était un véritable tournant dans le discours de nos évêques qui reste dans les mémoires comme le rapport Dagens, évêque d'Angoulême, qui s'intitulait "Proposer la foi dans la société actuelle". Ce rapport mettait en lumière comment la difficulté à transmettre la foi était dû à une "rupture de traditions" (p. 83) dans une société de plus en plus éloignée de la culture religieuse et plus largement de la foi. La transmission de la foi n'est plus seulement un passage de témoin naturel entre deux générations, mais une véritable "évangélisation", une véritable "mission".

Cette nouvelle dynamique pastorale est fondamentalement missionnaire. Elle nous fait prendre conscience que la mission est une réalité qui nous est proche. Non plus en Afrique ou en Asie comme du temps de Pauline Jaricot, mais ici autour de nous. Vous savez c'est toute l'histoire de Saint Dominique qui voulait aller évangéliser les Cumans (des peuplades d'Europe du Nord). Et voilà qu'il découvre dans le sud de la France, comme par hasard, ces cathares qui n'ont rien compris à l'Evangile. C'est donc vers eux qu'il va aller en premier et c'est là qu'il va découvrir qu'à son époque le plus important c'était d'annoncer le véritable Evangile. Et c'est donc pour cela qu'il va fonder son Ordre. C'était au XIII° siècle et l'Eglise traversait une grave crise (rien de nouveau donc sous le soleil)

Cette nouvelle évangélisation ne va pas se faire en redonnant vie à l'inquisition ou en allant convertir nos contemporains par la force de l'épée comme on a pu le faire à certaines époques de notre histoire. Dans le respect de la liberté de chacun il s'agit de "proposer la foi" pour reprendre l'expression du rapport Dagens. Et de proposer cette foi dans toutes les dimensions de notre société : dans l'éducation, dans la vie sociale, dans la vie culturelle, dans les médias. Et proposer, c'est d'abord témoigner de l'espérance qui est en nous. Si nous ne vivons pas du Christ comment allons-nous témoigner de la vie du Christ. L'Evangile n'est pas la doctrine d'un parti, l'Evangile c'est d'abord l'Evangile de la vie, de notre vie.

La "nouvelle évangélisation" est donc une réalité missionnaire proche de chacun d'entre nous et en particulier pour nous Equipes du Rosaire. Il y avait quelque chose de prophétique dans l'intuition du Père Eyquem dans la fondation de notre mouvement. Vous savez sans doute que sa vocation première était de rejoindre le monde ouvrier parce qu'il savait que la France était un "pays de mission", pour reprendre le titre d'un livre célèbre. La Providence va lui demander de se consacrer à l'apostolat du Rosaire et reprenant l'intuition de Pauline Jaricot il va mettre en place ces petites équipes à la foi priantes, confessantes et missionnaires. Intuition prophétique qui révèle toute sa pertinence aujourd'hui alors que partout nos évêques demandant aux chrétiens de se réunir régulièrement en petites équipes pour prier et approfondir leur foi.

 

INVITONS : UN APPEL AU COEUR DES EQUIPES DU ROSAIRE

 

Notre mouvement est fondamentalement missionnaire. Si nous sommes membre des Equipes du Rosaire c'est que nous portons dans notre cœur la béatitude de l'invitation : "Heureux les invités". Nous nous savons invités par le Christ et nous avons cette certitude au fond de nos cœurs que cette invitation ne peut que déboucher sur la béatitude. Nous sommes comme ces hommes et ces femmes de l'Evangile qui ont un jour invités le Christ à venir dans notre vie, dans notre maison, où qui avons vu surgir un jour le Christ dans notre vie un peu comme pour Zachée.

Et une question se pose ici ? Serions-nous les seuls ou les derniers à avoir invité le Christ ou à avoir vue le Christ s'inviter chez nous ? Je disais tout à l'heure que le champ de la mission n'avait jamais été aussi étendu qu'aujourd'hui. Cela voudrait-il dire que plus personne n'invite le Christ ou que le Christ ne s'invite plus ? Non, bien sûre que non ! Le Christ vivant aujourd'hui ne cesse d'inviter à le suivre et dans le champ de la mission nous pouvons être ces serviteurs inutiles par lesquels le Christ invite ou s'invite chez les hommes et les femmes de bonne volonté. D'une certaine manière tout cela nous dépasse : le carnet d'adresse est immense, le fichier de prospection est immense, le public visé est ici et partout autour de nous.

Invitons chez nous

On ne le redira jamais assez : le lieu de nos rencontres mensuelles est dans nos maisons, pas dans les églises, pas dans les presbytères, non chez nous. Parce que le Christ est là quand deux ou trois se réunissent en son nom. Parce que Marie est celle qui reçoit pour le temps de la prière. Tout cela peut nous paraître théorique !!! Mais inviter une nouvelle personne à venir rejoindre notre groupe de prière cela veut dire que nous ouvrons notre maison à quelque chose de plus grand que nous. Ce n'est pas pour venir prendre un apéritif, un thé ou partager un barbecue ! C'est parce que nous avons invité le Christ dans notre vie depuis quelque temps déjà (ou qu'il s'est invité lui-même) et que nous voulons le présenter, le faire découvrir à notre cercle d'amis parce qu'il est notre ami et que "l'on n'est riche que de ses amis" comme le dit la chanson.

Invitons chez nous, pour la simplicité de la rencontre, comme au temps de Jésus sur les routes de Galilée. Loin d'un lieu officiel comme un presbytère ou une salle paroissiale, loin des ors et des "mises en scène" liturgiques qui peuvent effrayer ou être trop compliqué pour ceux qui veulent redécouvrir ou rencontrer le Christ.

Nos maisons comme des arrières boutiques évangéliques pour qu'à notre invitations des hommes et des femmes entendent la Parole du Seigneur, pour que le Seigneur lui-même vienne leur murmurer au cœur sa parole d'amour, sa parole de réconciliation. Une rencontre où se joue le mystère de la foi entre une créature et son Dieu accompagné par la prière fervente des apôtres d'aujourd'hui. Il ne peut y avoir plus belle invitation que celle-là car elle est réellement une question de vie : elle est révélation du Dieu de la vie, elle est surgissement de la vie du ressuscité.

Invitons en équipe

La mission est une dimension fondamentale de notre engagement dans les Equipes du Rosaire. C'est vrai que nous sommes "bien" en équipe, que c'est une joie de nous retrouver tous les mois pour vivre ce moment de fraternité dans la rencontre humaine et la prière. Mais n'oublions pas que la chaise du prochain est là, autour de la table. Dans certaines rencontres en diocèse on a quelquefois l'impression que cette chaise du prochain est facultative ou même qu'elle fait peur parce que si un jour une nouvelle personne vient s'assoir dessus cela va venir perturber notre joie d'être ensemble.

L'idéal serait que chaque année, dans chacune de nos équipes, on fasse le point sur les invitations à faire. Dans nos villes comme dans nos campagnes, les populations sont d'une grande mobilité. Chaque année il y a de nouveaux voisins qui viennent aménager, des nouvelles maisons qui se construisent. Pourquoi ne pas consacrer un temps en équipe pour se mettre d'accord sur une manière d'entrer en contact avec ces nouveaux voisins et les inviter à venir participer à une rencontre. Autant le dire tout de suite : on ne va pas gagner à tous les coups mais nos pas croiseront forcément le chemin du Christ qui attend d'être invité ou qui veut s'inviter chez un Zachée, un centurion ou un pharisien des temps modernes.

En lien également avec les paroisses, les responsables diocésains, les services diocésains nos équipes devraient aussi s'informer de tous ceux qui commencent à cheminer dans la foi. En priorité les catéchumènes qui, après avoir suivi un parcours pendant lequel ils ont été bien accompagnés, se retrouvant au lendemain de leur baptême appelés à rejoindre leur paroisse (ce qui est normal) mais ne retrouvant plus la fraternité qui les avait portés pendant toute leur préparation baptismale. Nos Equipes du Rosaire peuvent être cette petite cellule d'Eglise dont ils ont besoin pour trouver une maturité dans la foi. Alors invitons !

Que dire de tous ces recommençants dans nos diocèses ! Ces hommes et ces femmes baptisés, qui ont abandonné toute pratique depuis longtemps mais qui reprennent une démarche spirituelle à l'âge de la maturité, après avoir été marié, avoir eu des enfants … Nos Equipes peuvent être des relais pour ces personnes après les parcours que proposent les diocèses. Lors du rassemblement du diocèse de Lyon en novembre dernier Nicole Saby a invité la responsable diocésaine pour qu'elle nous dise qui sont ces recommençants et ce que nous étions. Nous nous sommes aperçus très vite que notre proposition d'Equipe était aussi pertinente pour ces personnes. Alors invitons !

Et les parcours Alpha ! Une autre réalité à destination de ceux qui reprennent un cheminement spirituel, désireux d'être initiés sur un certain nombre de questions touchant la foi après avoir tout oublié de leurs années de catéchèse. J'ai eu l'occasion de participer à une de ces réunions à Kourou lors de mon séjour en Guyane. Il est évident que certaines de ces personnes pourraient trouver leur place dans nos Equipes. Alors invitons !

Enfin, n'oublions pas que nos rassemblements diocésains, nos récollections sont l'occasion d'inviter plus largement que nos seuls membres déjà bénéficiaires de la grâce des Equipes du Rosaire. Ces temps forts de rencontre, de partage, de formation sont l'occasion de venir voir qui est cette "tribu" des Equipes du Rosaire. Les nouveaux voisins dont je parlais tout à l'heure, ces recommençants, ces nouveaux baptisés qui, ayant trouvés là une famille accueillante se diront qu'ils ont trouvé une communauté qui pourra les porter dans la foi. Alors invitons !

En guise de conclusion je voudrai reprendre une citation de Benoit XVI donnée par Mgr Savio HON-TAI-FAI, secrétaire de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, à l'occasion du colloque du 150ème anniversaire de la mort de Pauline-Marie Jaricot, pour nous dire de ne pas avoir peur d'inviter le plus largement possible autour de nous, car "il est nécessaire de jeter le filet de l'Evangile dans la mer de l'histoire pour ramener les hommes sur la terre de Dieu".

Frère Hervé JEGOU, o.p.
Aumônier National

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